Depuis Le Chasseur vert jusqu'aux Deux miroirs, Marcel Schneider n'a cessé de poursuivre les souvenirs d'une jeunesse merveilleuse. Dans Les Colonnes du Temple, le romancier reprend son thème favori, en l'éclairant, en l'amplifiant.
Le héros de cette histoire est un enfant sensible et fantasque ; il vit chez sa grand-mère, dans un sombre appartement du boulevard des Filles-du-Calvaire, au coeur du Marais. C'est un univers où le mystère et le quotidien se mêlent étroitement que lui révèle son aïeule, complice avec tendresse de ses rêves et de ses découvertes. Avec elle, il apprend à connaître, bien qu'ils aient depuis longtemps disparu, les " jardins de Beaumarchais " et la Tour du Temple, dernière prison de la famille royale. En sa compagnie, il passe tout naturellement des contes de fées aux légendes des terribles Chevaliers, dont les ombres mystérieuses continuent de planer sur le quartier. Le petit garçon émerveillé " joue au Temple " comme d'autres, à son âge, jouent aux billes ou à la marelle. La fréquentation d'une vieille dame spiritiste, amie de sa grand-mère, confirme l'enfant dans sa passion de l'insolite et des miracles occultes. Elle vit en effet dans une maison curieuse, gardée par un inquiétant portier, et correspond, on ne sait comment, avec son époux défunt.
Un petit drame insignifiant prend soudain des proportions catastrophiques. Un après-midi, sans même y penser, l'enfant dérobe chez la vieille dame un camée, qu'il jette du reste aussitôt dans le ruisseau. Le soir-même, la dame meurt subitement. Le petit n'est-il pas le responsable involontaire de cette disparition ? Il n'est pas loin de le croire. Le remords s'insinue dans son coeur, d'autant plus que sa grand-mère, pense-t-il, a surpris son larcin.
Désormais, son adolescence sera empoisonnée par cette inquiétude, qui pèse sur sa vie comme une malédiction. Elle fera de lui un jeune homme renfermé, solitaire, anxieux, que blessent le monde et ses réalités.
Vers dix-huit
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